| Prix Tortoni 2013: Présentation de La Fresque d'Éliane Serdan par Thibaut d'Anthonay |
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| Mardi, 18 Juin 2013 20:59 | |
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Remise du Prix Tortoni
La Fresque, d’Éliane Serdan, est un petit roman par son format et sa pagination, mais au contenu dense, ce qui tranche heureusement avec la production contemporaine.
Un roman d’atmosphère, dans la mesure où il ne comporte aucun dialogue – seulement des propos rapportés par le narrateur à la première personne –, et dont le silence est l’élément naturel au sein duquel le héros évolue, un silence qui prédispose à la méditation. L’ensemble est servi par un style dont la sobriété et le dépouillement reflètent l’ascèse dans laquelle vit le personnage.
Mais c’est d’abord un roman sur la solitude – celle d’un exilé politique de la Renaissance italienne, venu se réfugier dans les montagnes pour échapper au poignard de ses ennemis –, une solitude pesante, voire effrayante de prime abord, mais que le héros va peu à peu apprivoiser pour en goûter les bienfaits.
Quels sont-ils ? – Un retour sur soi-même, salutaire et essentiel pour cet exilé, qui est parvenu à un tournant de son existence. – Une libération du monde et de la société des hommes, dont les enjeux et les visées apparaissent vains. – Une communion avec la Nature, qui prend parfois des accents mystiques, qui ouvre le héros à la méditation et lui permet d’écarter la tentation d’une vie monastique. – La découverte de l’écriture, enfin, grâce à laquelle son amour va survivre à la perte de la femme aimée, et se poursuivre à travers une correspondance qu’il ne lui enverra jamais, à moins qu’il n’envisage cette pratique comme une catharsis.
Paradoxalement, alors que ce roman dépeint les affres de l’exil, de la solitude et d’un amour malheureux, c’est d’abord un livre sur la réussite d’une vie, une existence qui bascule, à la faveur de circonstances dramatiques, sur un autre versant – nous sommes dans les montagnes –, une pente bénéfique et gratifiante qui va mener le héros à la pratique salvatrice de l’écriture. Qu’en dit-il ? « L’écriture ne me console pas de la vie. Elle m’en donne une autre. » Parole d’écrivain, sortie d’un livre d’écrivain : voilà pourquoi nous avons le plaisir, ce soir, de décerner à Mme Éliane Serdan, le prix Tortoni 2013 pour La Fresque.
Thibaut d’Anthonay |
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